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Laboratoire UB’L3 : confinement sécurisé pour une ouverture scientifique transdisciplinaire

Au cœur du bâtiment BBS, le Laboratoire de confinement de niveau 3 (UB’L3) de l'unité TBMCore est un espace hautement sécurisé dédié à la manipulation de pathogènes de classe 3, provoquant des maladies graves chez l’homme. Conçu pour assurer à la fois la protection des manipulateurs de ces pathogènes et éviter leur dissémination dans l’environnement, il se distingue par son accessibilité à la recherche en Nouvelle-Aquitaine. Rencontre avec Marie-Line Andreola, responsable scientifique, et Patricia Recordon-Pinson, responsable technique, qui nous éclairent sur les spécificités de ce laboratoire et son rôle dans la recherche biologique et médicale.

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Un laboratoire unique en Nouvelle-Aquitaine

Le Laboratoire L3 est l’un des rares laboratoires universitaires de ce niveau de confinement en France. « Ce qui rend notre structure unique, c’est son ouverture aux scientifiques et aux collaborations nationales et internationales » explique Marie-Line Andreola. Contrairement aux laboratoires hospitaliers de la région, cet espace permet d’accueillir des scientifiques de divers horizons souhaitant travailler sur des pathogènes de classe 3.

Patricia Recordon-Pinson ajoute : « Nous avons eu la chance de pouvoir concevoir ce laboratoire en amont de la construction du bâtiment BBS, en intégrant les besoins spécifiques liés à notre activité. Il est donc tout nouveau et parfaitement adapté aux manipulations de haute sécurité et aux collaborations extérieures. »

Manipuler des agents pathogènes avec rigueur et innovation

Les recherches menées au sein du L3 concernent principalement les virus, notamment les rétrovirus comme le VIH, le Zika et prochainement le virus aviaire. « Nous essayons de comprendre le mécanisme de la réplication virale et les relations entre l’hôte et le pathogène pour pouvoir proposer de nouvelles voies thérapeutiques. En parallèle, nous évaluons l’activité antivirale de nouvelles molécules, nous testons des approches interdisciplinaires et désormais nous mettons en place des modèles tridimensionnels pour mieux comprendre les interactions entre virus et cellules » précise Marie-Line Andreola.

Cette expertise attire des collaborations internationales. « Nous avons accueilli des chercheurs brésiliens à plusieurs reprises, et cette année, nous devrions nous rendre sur place pour former les étudiants brésiliens aux bonnes pratiques de laboratoire en confinement de niveau 3 » raconte Patricia Recordon-Pinson. Nous développons des collaborations avec des laboratoires académiques et des structures privées y compris hors Région Nouvelle-Aquitaine. 

Une approche transdisciplinaire pour des avancées scientifiques

L’une des grandes forces du laboratoire réside dans son positionnement à l’interface de plusieurs disciplines. « Nous collaborons étroitement avec des chimistes et des biophysiciens. Par exemple, les chimistes synthétisent des molécules, qui sont ensuite analysées par des approches biophysiques afin d’évaluer leurs interactions avec certaines structures cellulaires, avant que nous n’en testions l’activité antivirale sur des cellules ou des modèles plus complexes » explique Marie-Line Andreola.

Patricia Recordon-Pinson illustre cette approche avec un autre exemple : « La transdisciplinarité est une valeur clé à l’université de Bordeaux et notre laboratoire s’inscrit pleinement dans cette dynamique. Comme l’a souligné Marie-Line, nous travaillons déjà en étroite collaboration avec des chimistes et des physiciens. Pendant la pandémie de COVID-19, où nous avons été très sollicitées en raison de notre expertise et de l’accès au L3, nous avons notamment mené des recherches avec des physiciens pour évaluer l’efficacité des ondes micro-ondes dans la décontamination des masques, un travail qui a abouti à une publication scientifique. »

Travailler au Laboratoire L3 : exigences et satisfaction

Manipuler des agents pathogènes de classe 3 implique un haut niveau de rigueur. « Nous avons des protocoles stricts de sécurité et de manipulation. Il faut être extrêmement organisé et avoir une grande capacité d’adaptation » souligne Marie-Line Andreola.

Mais cette exigence est aussi source de satisfaction. « Lorsque nous obtenons des résultats et que nous voyons l’impact de notre travail sur la compréhension des virus et le développement de nouvelles stratégies thérapeutiques, c’est une immense récompense » confie Patricia Recordon-Pinson.

L’esprit d’équipe est également fondamental pour les deux scientifiques. « En L3, on ne travaille jamais seul. Il faut une confiance totale entre collègues, car la sécurité de chacun en dépend » précise Patricia Recordon-Pinson. « C’est un métier exigeant, mais extrêmement enrichissant. »

À l’occasion du Mois de l'inclusivité et de la Journée internationale des droits des femmes

Si les femmes sont nombreuses en biologie, leur présence diminue aux postes les plus élevés. « Dans les réunions de direction, on retrouve encore une majorité d’hommes. Plus on monte, moins il y a de femmes » constate Marie-Line Andreola. « Dans le cadre du travail quotidien, je ne constate pas de disparité entre hommes et femmes scientifiques, mais la réalité concernant les postes de direction peut influencer la perception de la légitimité des femmes dans certains environnements. »

Patricia Recordon-Pinson, quant à elle, insiste sur l’importance de ne pas genrer les professions : « Je me définis avant tout comme ingénieur de recherche, sans distinction de genre. Pour moi, mon métier n’a pas de genre. »

Conseils aux jeunes scientifiques : passion et résilience

Interrogées sur les conseils qu’elles donneraient aux jeunes scientifiques, elles insistent sur la nécessité de la passion et de la persévérance. « C’est un métier où l’on doit sans cesse justifier ses résultats et faire face à des critiques. Il faut apprendre à ne pas tout prendre personnellement et à voir l’échec comme une étape du processus scientifique » souligne Marie-Line Andreola.

Patricia Recordon-Pinson ajoute : « Je trouve que beaucoup de jeunes sont stressés par l’idée de faire un choix définitif pour leur carrière. Mais en réalité, la science est faite d’opportunités et d’évolutions. Rien n’est figé. Ce qui compte, c’est de rester curieux et de ne pas avoir peur d’explorer différentes voies. »

Avec son accessibilité unique, sa transdisciplinarité et son exigence scientifique, le Laboratoire UB’L3 de Bordeaux se positionne comme un acteur important de la recherche sur les pathogènes de classe 3. Un espace confiné, mais résolument tourné vers l’extérieur.

Sur la photo, de gauche à droite : Patricia Recordon-Pinson, Marie-Line Andreola