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Candidoses vaginales : un nouvel axe thérapeutique basée sur des anticorps

Les candidoses vaginales touchent un très grand nombre de femmes au cours de leur vie. Si la plupart des épisodes sont ponctuels et bien pris en charge, certaines patientes souffrent de formes récurrentes, parfois tous les mois, malgré des traitements antifongiques répétés. Face à ces situations chroniques, la recherche explore aujourd’hui de nouvelles approches thérapeutiques.

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Dans une étude récente, l’équipe 5 de l’unité MFP (Département Sciences Biologiques et Médicales, université de Bordeaux), en collaboration avec l’I2M, propose une approche innovante : utiliser des anticorps pour neutraliser le champignon responsable de l’infection tout en limitant les mécanismes inflammatoires qu’il induit. Julie Auffray, doctorante au moment de la réalisation de cette étude, revient sur les principaux enseignements de cette publication.

  • Une infection fréquente, difficile à éradiquer

La candidose vaginale est principalement causée par Candida albicans, une levure naturellement présente chez l’Homme à la surface des muqueuses buccale, vaginale et digestive. Au niveau vaginal, certaines modifications ou dérégulations physiologiques (pH, microbiote…) peuvent conduire la levure à subir une transition morphologique vers une forme filamenteuse, sous laquelle elle prolifère et provoque des symptômes parfois très invalidants : démangeaisons, brûlures, douleurs, inconfort persistant. 

« Chez certaines femmes, les traitements fonctionnent sur le moment, mais l’infection revient systématiquement, explique Julie Auffray. Le principal défi aujourd’hui, c’est l’absence de protection durable dans le temps. »

Si les antifongiques déjà sur le marché permettent de contrôler les épisodes aigus, ils ne suffisent pas toujours à empêcher les récidives et leur utilisation répétée interroge sur les effets de résistance à long terme.

  • Un projet de recherche interdisciplinaire

Le projet est né d’une collaboration interdisciplinaire entre spécialistes de la mycologie et de la pharmacie galénique à l’université de Bordeaux. L’objectif : imaginer une alternative thérapeutique innovante, capable de s’affranchir des antifongiques classiques.

« L’idée était de trouver une cible thérapeutique pertinente en mycologie, pour laquelle on pourrait envisager un traitement par anticorps, tout en développant une forme pharmaceutique innovante pour ces anticorps : la forme "comprimé" », raconte la chercheuse.

Cette approche a conduit les équipes à s’intéresser aux candidoses vaginales récurrentes, un contexte clinique où le besoin thérapeutique est particulièrement fort.

  • Immunisation passive : une autre façon de lutter contre C. albicans

Contrairement à la vaccination classique, qui vise à stimuler le système immunitaire pour qu’il produise ses propres anticorps, l’immunisation passive repose sur l’administration directe d’anticorps prêts à agir.

« On apporte directement les anticorps à la patiente, dans un objectif curatif, pour qu’ils ciblent immédiatement l’agent pathogène », résume Julie Auffray.

Cette stratégie permet d’agir rapidement, sans attendre le déclenchement d’une réponse immunitaire et s’avère particulièrement pertinente dans le cas d’infections localisées.

  • Deux anticorps pour neutraliser C. albicans et ses “armes”

Dans cette étude, les chercheurs ont développé deux anticorps monoclonaux aux modes d’action complémentaires.

Le premier anticorps cible directement C. albicans et favorise sa reconnaissance et donc son élimination par les cellules du système immunitaire. « Il agit comme un marqueur : il se fixe autour de la levure et recrute les cellules immunitaires chargées de la détruire », explique la chercheuse.

Le second s’attaque à une toxine produite par la levure, la Candidalysine. Cette molécule joue un rôle central dans les symptômes de la candidose vaginale, en endommageant les cellules et en déclenchant une forte réaction inflammatoire.

« En neutralisant cette toxine, on empêche l’installation de cette boucle inflammatoire responsable des symptômes », précise-t-elle.

  • Un défi relevé : des anticorps sous forme de comprimé vaginal

Autre originalité du projet : le développement d’une forme pharmaceutique adaptée pour une action localisée des anticorps. Les anticorps sont habituellement administrés par injection. Ici, l’équipe a choisi une application locale, directement dans la cavité vaginale.

Pour cela, les chercheurs ont étudié la possibilité de développer des anticorps sous forme de comprimés, tout en conservant leur activité biologique malgré les fortes contraintes mécaniques liées à l’étape de compression.

« Nous avons montré qu’en appliquant des conditions opératoires de formulation et des paramètres de procédés bien définis, nous étions en mesure d’obtenir des comprimés contenant des anticorps qui conservaient leur pleine efficacité après compression, ce qui n’était pas acquis au départ », explique Julie Auffray. 

Cette formulation présente plusieurs avantages : meilleure stabilité par rapport à une forme liquide, conservation facilitée et surtout une administration ciblée, idéale lorsque l’on veut atteindre spécifiquement un site comme dans le cas d’infections superficielles.

  • Des résultats encourageants 

Les chercheurs ont évalué l’efficacité de cette approche combinée à la fois in vitro, sur des lignées cellulaires ; et in vivo, dans un modèle murin de candidose vaginale.

Les résultats montrent qu’une administration conjointe des deux anticorps permet de réduire la charge fongique et de diminuer significativement l’inflammation locale.
« On observe une baisse des cytokines inflammatoires qui corrèle avec une atténuation des symptômes », souligne Julie Auffray.

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Immunofluorescence imaging of anti-Cdlys 5E2.2.1 mAb. Monolayer A431 vaginal epithelial cells were infected with C. albicans SC5314 (WT) (two last panels) or ece1∆/∆ mutant strain (first panel) and incubated for 180 min under filamentation-inducing conditions.

  • Une preuve de concept protégée par un brevet

Ces travaux ont abouti au dépôt d’un brevet destiné à protéger cette stratégie thérapeutique innovante. 

À plus long terme, cette approche pourrait contribuer à enrichir l’arsenal thérapeutique existant et à améliorer la prise en charge de nombreuses patientes confrontées à des formes chroniques de l’infection.

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Interview réalisée par Hande Sena Kandemir, sous validation scientifique de Isabelle Vigon.