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Une nouvelle équipe à l’IBGC : explorer le microbiome à l’interface intestin–cerveau

L’Institut de Biochimie et Génétique Cellulaires (IBGC) accueille une nouvelle équipe de recherche dédiée au microbiome et à son rôle dans les maladies intestinales et neurologiques. Portée par Océane Martin, maîtresse de conférences en microbiologie clinique à l’UFR des Sciences Pharmaceutiques et lauréate d’une chaire Young Leader de l’ANR, l’équipe symbioMIND s’inscrit dans une dynamique de recherche résolument translationnelle et collaborative.

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La création de cette équipe fait suite à l’obtention d’un financement dans le cadre du PEPR SAMS (Systèmes Alimentaires, Microbiomes et Santé), l’un des grands programmes nationaux soutenus par l’Agence nationale de la recherche.
« L’objectif des chaires Young Leader est de permettre à de jeunes chercheurs de créer et structurer leur propre équipe de recherche », explique Océane Martin. Un processus long et exigeant, ponctué de plusieurs étapes de sélection.

Aujourd’hui, l’équipe compte déjà quatre membres : une post-doctorante, Maria Haykal, deux doctorants, Sarah Lavielle et Cédric Pape, ainsi que plusieurs étudiants en master

Explorer l’axe microbiote–intestin–cerveau

Baptisée symbioMIND (Microbiome in Intestinal and Neurological Diseases), l’équipe s’intéresse au rôle du microbiome dans différentes pathologies, avec un accent particulier sur les interactions entre l’intestin et le cerveau.

« L’idée n’est pas de se limiter à une seule maladie, mais d’aborder le microbiome comme un acteur central dans plusieurs pathologies, en conservant une expertise forte sur les dimensions intestinales et neurologiques », précise la chercheuse.


Les travaux de l’équipe s’articulent autour de quatre axes de recherche complémentaires.

Le premier vise à caractériser l’axe microbiote–intestin–cerveau, en étudiant les voies nerveuses, immunitaires et métaboliques qui relient ces deux organes, en conditions physiologiques et pathologiques, notamment dans le cadre du glioblastome, un cancer cérébral particulièrement agressif. Dans cette optique, l’équipe développe également des modèles innovants d’ « organ-on-chip », permettant de connecter in vitro des tissus intestinaux et cérébraux afin de limiter le recours aux modèles animaux.

Le deuxième axe explore la modulation du microbiome comme levier thérapeutique : restaurer l’équilibre microbien pour freiner la progression de la maladie ou améliorer l’efficacité des traitements existants, notamment en oncologie.

Un troisième axe, en cours de structuration, portera sur l’exposome - alimentation, contaminants environnementaux, pesticides - et son impact sur l’axe microbiote-intestin-cerveau.

« Sur le glioblastome, on connaît encore très mal les facteurs de risque et les mécanismes impliqués. Apporter des éléments sur ces dimensions pourrait ouvrir de nouvelles pistes de prévention », souligne Océane Martin.

Enfin, un quatrième axe se concentre sur le microbiome intratumoral, en étudiant la présence de bactéries et de champignons au sein même des tumeurs cérébrales et leur rôle potentiel dans la résistance aux traitements. Un champ de recherche encore émergent, soutenu par plusieurs associations de patients.

Une recherche tournée vers les patients

Au-delà des avancées fondamentales, l’ambition de symbioMIND est clairement clinique. 

« L’objectif est d’apporter des solutions concrètes : nouvelles stratégies thérapeutiques, approches combinées avec les traitements existants, mais aussi des recommandations en matière de prévention », affirme la chercheuse.

Si le microbiome est déjà largement étudié dans certains cancers, son rôle en neuro-oncologie reste encore peu exploré. « À ma connaissance, il n’existe pas d’équipe en France dédiée spécifiquement au microbiome dans le glioblastome », ajoute-t-elle. 

À Bordeaux, l’équipe s’intègre néanmoins dans un écosystème dynamique, avec de nombreuses collaborations en cours avec les oncologues et les neurochirurgiens du CHU de Bordeaux mais également d'autres équipes de recherche (GBmetabo de l'IBGC, BRAINSTRIM du BRIC, Equipe 3 du LCPO). 

« Nous sommes très ouverts aux collaborations, y compris sur d’autres pathologies que le cancer », insiste Océane Martin. L’enjeu : faire du microbiome un point de convergence entre disciplines, au service de projets innovants.

« Même si je suis la lauréate de cette chaire, cette aventure est avant tout collective. C’est une équipe jeune, dynamique et motivée qui construit ce beau projet ensemble », conclut-elle.

 

Interview réalisée par Hande Sena Kandemir, sous validation scientifique de Isabelle Vigon.